Paysage artistique, galerie Yellow, Liège (1970) : Jacques Charlier peint un arbre

Paysage artistique
Galerie Yellow, Liège
12 – 25 septembre 1970

En septembre 1970, Jacques Charlier invite le public de la galerie Yellow (Yellow Now), en Roture à Liège, à un « vernissage-excursion », le vendredi 12 à 16 heures. L’exposition ne se tient pas vraiment dans la galerie : on se rend à la campagne pour voir l’artiste peindre entièrement un arbre en couleurs tendres. Une action qui figure en bonne place dans son parcours.

Affiche noir et blanc en négatif : Galerie Yellow en Roture à Liège, vernissage-excursion vendredi 12 à 16 heures, 12 au 25 sept., Jacques Charlier, au-dessus d’une image d’un public de vernissage et d’un tableau encadré portant l’inscription « Paysage artistique »
Affiche de l’exposition Paysage artistique, Galerie Yellow, Liège, 12 – 25 septembre 1970 (format A2). Archives de l’artiste.

Peindre un arbre

Le principe est énoncé avec le sérieux d’un protocole : appliquer à la nature même un concept admis, « peindre un arbre ». La période est choisie avec soin : une quinzaine de jours avant le début de la coloration automnale de la végétation. L’arbre est peint au latex, avec la collaboration de Francis Debruyne, avec qui Charlier publie la même année le manuel du C.I.D.A.C., le Centre international de désintoxication artistique et culturelle. Charlier devance ainsi l’automne et prend au pied de la lettre l’expression « peindre un paysage ».

Photo couleur : sur une colline herbeuse, deux hommes sur des échelles peignent un grand arbre dont le feuillage est passé en jaune, orange et rouge ; des pots de peinture sont posés dans l’herbe
Paysage artistique : la mise en peinture d’un arbre, 1970. Archives de l’artiste.

Les « paysages » de Jacques Charlier

Paysage artistique appartient à une série de « paysages » critiques que Charlier développe en 1969 et 1970. Le Paysage professionnel introduit dans l’art les photographies de son milieu de travail, le Service technique de la Province de Liège ; il est montré au même moment à Bruxelles, à la galerie MTL (voir l’article). Dans le Paysage utilitaire (juillet 1969), il invite à venir le voir repeindre le volet de sa maison, rue Albert Mockel à Liège. Dans le Paysage mondain, le public est convié au fond d’une impasse pour un vernissage réduit aux bruits d’un vernissage diffusés par un magnétophone. Les cassettes des Paysages culturels complètent l’ensemble.

Panneau encadré : à gauche une carte de Liège et de ses environs où figure la Galerie Yellow ; à droite une photographie couleur de l’arbre au feuillage rouge, avec un texte dactylographié
Paysage artistique (1970) : carte d’accès depuis la galerie Yellow et photographie de l’arbre peint, accompagnées du principe dactylographié de l’action. Archives de l’artiste.

Chaque fois, le même déplacement : prendre une notion admise du monde de l’art (le paysage, le vernissage, l’exposition) et l’appliquer littéralement à la vie ordinaire, avec un humour pince-sans-rire qui deviendra la marque de l’artiste.

In English

In September 1970, Jacques Charlier invited visitors of the Yellow gallery in Liège to an “opening excursion” in the countryside, where he painted an entire tree in soft colours. The principle was to apply an accepted artistic concept – “painting a tree” – to nature itself, about two weeks before the leaves would turn by themselves in autumn. The tree was painted with latex, with the help of Francis Debruyne. Paysage artistique (Artistic Landscape) belongs to a series of critical “landscapes” Charlier made in 1969–1970, alongside the professional, utilitarian, worldly and cultural landscapes.