Rocky Tiger (cassette musicale et film)
Galerie X-One, Anvers
20 septembre – 1er octobre 1971
En septembre 1971, la galerie X-One, à Anvers, invite le public à une présentation intitulée « Jacques Charlier, employé du STP présente Rocky Tiger ». Rocky Tiger, c’est le nom de scène de Claude (Claudy) Delfosse, collègue de Charlier au Service technique de la Province de Liège (STP) : comme lui, il y dessine des projets de voirie, d’égouts et de distribution d’eau ; en dehors des heures de bureau, il chante du rock and roll. Charlier ne montre pas ses propres œuvres : il présente un collègue, sa voix et son histoire. Une étape de son parcours.

Un collègue rocker
La cassette éditée par la galerie X-One réunit deux chansons interprétées par Rocky Tiger, Blue Suede Shoes et Baby I Don’t Care, et, entre les deux, une longue interview menée par Charlier. Delfosse y raconte sa vie de chanteur dans la langue parlée de tous les jours : né en 1943, il découvre le rock and roll vers treize ou quatorze ans, s’achète une guitare et s’enthousiasme pour Elvis Presley, Bill Haley et Eddie Cochran. Il évoque ses premiers succès dans des concours de chanson de la région de Seraing, son groupe les « Black Riders », le nom de scène emprunté à une chanson, Tiger Man, les crochets, le service militaire, les dancings, les formations successives et les occasions manquées, comme une tournée dans les casernes américaines en Allemagne, impossible parce qu’il travaillait en semaine.

Dans le prolongement des Paysages professionnels, Charlier fait entrer dans le monde de l’art une réalité qui lui est étrangère : la culture populaire d’un employé de bureau passionné de rock. Le texte de l’interview sera repris en 1983 dans son livre Dans les règles de l’art.
Un film pour la Biennale de Paris
À l’origine, Rocky Tiger est une séquence de film. En 1970, Charlier rencontre Gerry Schum, qui avait déjà permis à plusieurs artistes de réaliser des œuvres filmées ou vidéo en Allemagne. Il propose alors à des artistes belges de réaliser ensemble un film présentant leur travail : Guy Mees, Leo Josefstein, Bernd Lohaus, Panamarenko, Walter Swennen, et lui-même avec Claude Delfosse. Faute de matériel vidéo, le film est tourné en 16 mm, en noir et blanc, avec le soutien des galeries MTL à Bruxelles, X-One et Wide White Space à Anvers. Nicole Forsbach, l’épouse de Charlier, en assure le montage final à Liège. La séquence Rocky Tiger est tournée le 15 mars 1971 avec un petit orchestre (piano, basse, batterie, guitare) réuni autour du chanteur. Le film, resté sans titre, est montré à la Biennale de Paris à l’automne 1971 (voir Biennale de Paris (1971) : le film collectif).
À la galerie X-One
La galerie X-One est animée à Anvers par Marc Poirier dit Caulier, qui montrera aussi les séquences de Guy Mees et de Leo Josefstein. Son mensuel n° 20 sert d’invitation à la présentation du film et de la cassette, avec la pochette de la cassette, un extrait de l’interview et un extrait de la séquence tournée pour la Biennale, où Delfosse se présente : « il y a maintenant 8 ans que je travaille avec Jacques au STP ». L’invitation annonce la présentation du 20 septembre au 1er octobre 1971.
Prolongements
En novembre 1971, Charlier propose Rocky Tiger à Guy Jungblut, directeur de la galerie Yellow, à Liège, pour les « Propositions d’artistes pour un circuit fermé de télévision », première manifestation d’art vidéo en Belgique. Le film collectif est aussi montré au Wide White Space à Anvers, à l’université de Louvain et à la Neue Galerie d’Aix-la-Chapelle. Les documents liés à Rocky Tiger font ensuite partie de l’exposition des documents du STP au musée d’Anvers (19 novembre 1972 – 8 janvier 1973). La copie de la séquence Rocky Tiger est aujourd’hui conservée au S.M.A.K., à Gand ; elle a été numérisée en 2013.
Jean-Michel Botquin, historien de l’art et critique qui anime la galerie Nadja Vilenne, a retracé l’histoire de ce film collectif. Il y souligne la position de retrait de Charlier, qui se contente de présenter son collègue et de lui laisser la parole.
In English
In September 1971, the X-One gallery in Antwerp, run by Marc Poirier dit Caulier, hosted “Jacques Charlier, employee of the STP, presents Rocky Tiger”. Rocky Tiger was the stage name of Claude Delfosse, Charlier’s colleague at the Provincial Technical Service of Liège, a draughtsman by day and a rock’n’roll singer after hours. The gallery released an audio cassette with two songs sung by Rocky Tiger and a long interview in which he tells the story of his musical life. The project began as Charlier’s sequence in a collective 16 mm film made in 1970–1971 with Guy Mees, Leo Josefstein, Bernd Lohaus, Panamarenko and Walter Swennen, shown at the 1971 Paris Biennale. The Rocky Tiger film sequence is now in the collection of S.M.A.K. in Ghent.
Sources en ligne
- Jean-Michel Botquin : note biographique accompagnant son article dans la revue ETC, n° 99, 2013, sur Érudit : lire la page.
