Zone absolue, galerie Ben Doute de Tout, Nice (1970) : la satire du béton chez Ben

Zone absolue
Galerie Ben Doute de Tout, Nice (France)
21 – 30 juin 1970

Quelques mois après l’exposition de l’APIAW, à Liège, qui avait fait scandale en février 1970 (voir Zone absolue à l’APIAW), la Zone absolue de Jacques Charlier part pour le sud de la France. Du 21 au 30 juin 1970, la galerie Ben Doute de Tout, à Nice, présente « un long document sur Zone absolue (Terre et Betton) de J. Charlier ». Le carton d’invitation ajoute, avec un humour très sec : « Il n’y aura pas de vernissage. » Une étape de son parcours.

Carton imprimé en noir sur papier blanc annonçant l’exposition Zone absolue de J. Charlier à la galerie Ben Doute de Tout, du 21 au 30 juin 1970, sans vernissage
Carton d’invitation de l’exposition, galerie Ben Doute de Tout, Nice, 21 – 30 juin 1970. Archives de l’artiste.

Chez Ben, à Nice

La galerie Ben Doute de Tout est la galerie que l’artiste Ben (Ben Vautier) tient alors à Nice. Dans son entretien de 2007 avec Jean-Michel Botquin, Charlier la range parmi les « appropriations poétiques » de l’époque : Marcel Broodthaers devient conservateur de son Musée des Aigles, Robert Filliou s’occupe de son Poïpoïdrome, Ben crée sa galerie, Panamarenko se promène sanglé dans ses uniformes. Charlier, lui, s’est proclamé « Directeur des Zones absolues » et a fondé un « Comité des recherches d’établissement de zones absolues ». À cette époque, Charlier entretient aussi, par la poste et par la revue Total’s, une abondante correspondance avec des artistes et des groupes de l’étranger.

Un « long document »

La chronologie de l’artiste mentionne pour Nice « Zone absolue. Dessins » et l’élaboration d’un « long document satirique », celui qui avait été exposé à l’APIAW. Le projet est né d’un plan tracé en 1968 et d’un texte au ton faussement administratif, « Qu’est-ce que l’urbanisation-béton d’une ville ? Comment la réaliser ? », publié plus tard dans Les règles de l’art (1983). Charlier y propose de « résoudre d’une manière sauvage et radicale » les problèmes de l’habitat et de la circulation : remplir égouts et canalisations, couler les monuments sous le béton, et finalement bétonner la ville entière. Face à cette zone A, tout en béton, une zone B de même taille, en bonne terre, serait laissée aux plantations libres du public. Le long dessin de la Zone absolue pousse la logique jusqu’au bout : tracer une ligne sur l’équateur, tout béton du côté du pôle Nord, tout végétation du côté du pôle Sud.

Le sous-titre du carton, « Terre et Betton », résume ce face-à-face. Charlier y vise à la fois les grands projets urbanistiques de l’époque, comme l’autoroute qui devait traverser Liège, et le rêve d’un retour à la nature alors très à la mode. Dans les archives de l’artiste revient partout le même petit autocollant, imité d’un panneau de signalisation : « Ici bientôt Zone absolue ! »

Petit carré blanc portant un grand cercle rouge, comme un panneau de signalisation, avec l’inscription « ICI bientôt ZONE ABSOLUE ! »
Autocollant « Ici bientôt Zone absolue ! », vers 1969-1970. Archives de l’artiste.

Prolongements

La même année, la chronologie signale aussi la présentation de « Zone absolue et avant-projet » au Festival international de peinture de Cagnes-sur-Mer, près de Nice. Le projet sera réactivé bien plus tard par la galerie Nadja Vilenne, à Liège, à l’automne 2006. L’année suivante, Jean-Michel Botquin, historien de l’art et critique qui anime cette galerie, publie Zone absolue, un entretien avec Jacques Charlier (L’Usine à Stars, 2007). Il y voit bien plus qu’une critique de l’urbanisme : selon lui, « un monument extrême contre tous les extrêmes ».

In English

In June 1970, a few months after the controversial Zone absolue (Absolute Zone) exhibition at the APIAW in Liège, Jacques Charlier showed “a long document on Zone absolue (Earth and Concrete)” at the Galerie Ben Doute de Tout, the gallery run by the artist Ben in Nice (21–30 June 1970). The invitation card dryly stated that there would be no opening. The project, a mock-administrative plan to cover cities in concrete next to an equal zone of untouched, freely planted earth, satirised both urban planning and the back-to-nature dream of the late 1960s. The same year, “Zone absolue et avant-projet” was also presented at the International Painting Festival in Cagnes-sur-Mer. The project was reactivated by the Nadja Vilenne gallery in Liège in 2006.

Sources en ligne

  • Jean-Michel Botquin : note biographique accompagnant son article dans la revue ETC, n° 99, 2013, sur Érudit : lire la page.