Blocs, galerie Cogeime, Bruxelles (1969) : les tableaux-béton de Jacques Charlier

Blocs
Galerie Cogeime, Bruxelles
1969

En 1969, la galerie Cogeime, à Bruxelles, présente Blocs, une exposition personnelle de Jacques Charlier consacrée à des photographies agrandies et repeintes d’un bloc de béton. C’est la dernière exposition personnelle de l’artiste avant Zone absolue (1970) dans sa chronologie.

Photo noir et blanc : une dizaine de tableaux représentant des blocs de béton, en noir et blanc très contrasté, disposés sur une pelouse autour d’un homme debout
Tableaux de la série Blocs disposés sur une pelouse, vers 1968-1969. Archives de l’artiste.

Les tableaux-béton

Les Blocs appartiennent à l’ensemble que l’artiste appelle ses « tableaux-béton », réalisés aux alentours de 1968. Ils montrent des blocs de béton épars ou en gros plan, des tubes et des sections carrées : une sorte d’envahissement de l’espace par des matériaux strictement égaux par leur forme et leur poids. Charlier y utilise le report photographique sur toile en supprimant les nuances intermédiaires, ce qui donne ces images très contrastées en noir et blanc, où la texture du béton devient presque abstraite.

Tableau en noir et blanc : des blocs de béton parallélépipédiques en diagonale, la texture du béton rendue par des taches blanches sur fond noir
Blocs, photographie agrandie et repeinte de blocs de béton, vers 1968-1969. Archives de l’artiste.

Un prélude à la Zone absolue

Charlier présente lui-même ces tableaux comme des « préludes à la zone absolue », c’est-à-dire au projet satirique d’« urbanisation-béton » de la vallée de la Meuse qu’il expose à l’APIAW, à Liège, en février 1970. Le béton passe ainsi du motif peint au concept : après l’avoir représenté, l’artiste propose d’en recouvrir la moitié de la ville.

Dès 1967-1968, la galerie Cogeime accueille aussi Charlier dans l’exposition collective Mec’art connais pas, avec notamment Marcel Broodthaers et Mimmo Rotella, et le présente aux deux premières Foires d’art actuel de Bruxelles (1968 et 1969). L’exposition Blocs est mentionnée dans la revue Opus (n° 10-11, avril 1969).

Tableau en noir et blanc : deux blocs de béton allongés sur fond noir, photographié en extérieur devant une haie
Blocs, photographie agrandie et repeinte d’un bloc de béton, vers 1968-1969. Archives de l’artiste.

Redécouverte en 1983

En 1983, en marge de la rétrospective de Jacques Charlier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, la galerie Michel Vokaer montre à nouveau des tableaux-béton dans l’exposition Dans les règles de l’art… et de l’oubli. Le critique d’art Jacques Meuris y voit une part ancienne et méconnue de l’œuvre, qui relève de la quête d’équilibre spatial propre à l’esthétique et qui, selon lui, « vaut d’être redécouvert » (La Libre Belgique, 10-11 novembre 1983).

In English

In 1969, the Cogeime gallery in Brussels showed Blocs (Blocks), a solo exhibition of enlarged and overpainted photographs of concrete blocks by Jacques Charlier. These “concrete paintings”, made around 1968, use photographic transfer onto canvas with all intermediate tones removed, producing stark black-and-white images. Charlier described them as “preludes to the absolute zone”, the satirical concrete urban-planning project he presented in Liège in 1970. Art critic Jacques Meuris, seeing some of them again in 1983, considered this early part of the work worth rediscovering.

Sources en ligne

  • Jacques Meuris (1923-1993), écrivain, critique d’art pendant plus de trente ans, notamment à La Libre Belgique, et photographe : Jean-Marc Bodson, « Jacques Meuris, un théoricien qui se voyait voyant », La Libre Belgique, rubrique Arts, 24 avril 2019 : lire la page.